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Ottawa : La capitale fédérale sous surveillance

Otawa, Canada : Des appareils capables d’intercepter les données des téléphones mobiles ont été décelés à Ottawa. Dans le cadre d’une enquête échelonnée sur plusieurs mois, Radio-Canada a détecté des appareils capables d’intercepter les données des téléphones mobiles, entre autres, près du parlement du Canada et de l’édifice Langevin, lequel héberge le bureau du premier ministre.

Et si le premier ministre et son entourage utilisaient des téléphones mobiles?
« En gros, ils traînent avec eux un outil de leur propre espionnage »

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La capitale fédérale sous surveillance

Des appareils capables d’intercepter les données des téléphones mobiles ont été décelés à Ottawa. Dans le cadre d’une enquête échelonnée sur plusieurs mois, Radio-Canada a détecté des appareils capables d’intercepter les données des téléphones mobiles, entre autres, près du parlement du Canada et de l’édifice Langevin, lequel héberge le bureau du premier ministre.

Une enquête de Brigitte Bureau et de Sylvie Robillard pour Radio Canada

Si vous travaillez au centre-ville d’Ottawa ou que vous vous y rendez fréquemment, les données de votre téléphone mobile peuvent avoir été espionnées. Il en va de même pour les députés et sénateurs qui travaillent sur la colline du Parlement.
Notre enquête a en effet permis de découvrir que des « intercepteurs d’IMSI » sont à l’oeuvre dans la capitale fédérale. Il s’agit d’appareils qui imitent le fonctionnement d’une antenne de téléphonie cellulaire.
Tous les téléphones mobiles à proximité s’y branchent. L’intercepteur capte alors l’IMSI des téléphones, soit le « International Mobile Subscriber Identity » (identité internationale d’abonnement mobile), un numéro unique sur la carte SIM qui identifie l’usager.
L’intercepteur saisit aussi tous les numéros entrants et sortants. Certains modèles peuvent même écouter les conversations téléphoniques et lire les textos.

De nombreuses alertes à Ottawa

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Photo(s) : Radio-Canada / Michel Aspirot

Une première au Canada
Des médias en Norvège, en Australie et aux États-Unis ont déjà fait l’exercice de déceler la présence d’intercepteurs d’IMSI à l’aide d’un CryptoPhone. Radio-Canada est cependant le premier média au pays à mener une telle expérience. Le CryptoPhone a été conçu par la compagnie allemande GSMK. Il est distribué en France par Cryptofrance, et en Amérique du Nord par ESD America. Cette dernière est une entreprise américaine spécialisée en équipements technologiques pour la défense et les forces de l’ordre. Elle compte parmi ses clients Homeland Security, le ministère américain de la Sécurité intérieure. En plus du CryptoPhone, nous avons utilisé un « Overwatch Sensor » de GSMK, un détecteur plus sophistiqué encore, surtout utilisé par les gouvernements, pour identifier avec davantage de précision l’emplacement des intercepteurs d’IMSI.

Pour détecter les intercepteurs d’IMSI, nous avons utilisé ce qu’on appelle un « CryptoPhone ». Cet appareil ressemble à un banal téléphone, mais il émet des alertes rouges quand une fausse antenne tente de s’emparer de son signal.
Des médias en Norvège, en Australie et aux États-Unis ont déjà mené une telle expérience, mais il s’agit d’une première au Canada (voir l’encadré ci-bas).
Nous avons obtenu de nombreuses alertes à Ottawa, surtout en décembre et en janvier.
Elles sont survenues, entre autres, à différents endroits du marché By, au Centre Rideau et dans les bureaux de Radio-Canada, au centre-ville d’Ottawa.
Un intercepteur d’IMSI peut couvrir un rayon d’un demi-kilomètre, en milieu urbain, et de deux kilomètres dans les grands espaces.
Le territoire couvert par les intercepteurs d’IMSI que nous avons détectés engloberait donc, notamment, toute la colline du Parlement, l’édifice Langevin où le premier ministre Trudeau a ses bureaux, la Défense nationale, l’ambassade des États-Unis et l’ambassade d’Israël.
Pour approfondir notre enquête, nous avons utilisé de l’équipement encore plus sophistiqué qui a confirmé la présence de intercepteurs d’IMSI près de la colline du Parlement.

Des appels sur écoute ?

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Photo(s) : Radio-Canada / Michel Aspirot

Nous avons demandé au fournisseur nord-américain du CryptoPhone, ESD America, de procéder à une analyse poussée de ces alertes.
Nous nous sommes rendus à Las Vegas, où se trouve le siège social de cette entreprise spécialisée dans les équipements technologiques pour la défense et les forces de l’ordre.
À une quinzaine de minutes de la frénésie des casinos, ESD America occupe des bureaux discrets. La compagnie travaille, entre autres, avec Homeland Security, le ministère américain de la Sécurité intérieure.
« Vous avez vu, fréquemment, de l’activité d’intercepteurs d’IMSI. Absolument », affirme le président d’ESD America, Les Goldsmith, en examinant nos données.

« Les intercepteurs d’IMSI peuvent suivre la trace de votre téléphone, écouter vos appels et lire vos textos. Ils peuvent aussi vous empêcher de faire des appels et peuvent envoyer de faux messages en votre nom. »
– Les Goldsmith, président, ESD America

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Photo(s) : Radio-Canada / Michel Aspirot

En savoir plus…

Les téléphone sécurisés Cryptophone et le système d’analyse Overwatch sont des produits développés par la société allemande GSMK.
Ces produits sont distribués en France par la société Cryptofrance, et en Amérique du nord, par ESD America.

Gamme Cryptophone

Système Overwatch

Selon M. Goldsmith, le risque d’intrusion pour les gens qui se trouvent, notamment, sur la colline du Parlement est bien réel. « Quelqu’un pourrait être en train d’écouter leurs appels, maintenant, et ils ne le sauraient même pas », affirme cet expert en contre-espionnage.
Et si le premier ministre et son entourage utilisaient des téléphones mobiles? « En gros, ils traînent avec eux un outil de leur propre espionnage », répond-il du tac au tac.
Le président d’ESD America explique que les plus grands utilisateurs d’intercepteurs d’IMSI sont les forces de l’ordre et les agences fédérales, mais aussi le crime organisé ainsi que les services de renseignement étrangers.
Selon lui, les intercepteurs que nous avons détectés à Ottawa pourraient être d’origine étrangère.

« On voit de plus en plus d’intercepteurs d’IMSI avec des configurations différentes et on peut établir une signature. On voit des intercepteurs d’IMSI qui sont probablement d’origine chinoise, russe, israélienne, etc. »
– Les Goldsmith, président, ESD America

Source de l’article : Radio Canada